En 1960, Wu Hongda, jeune étudiant chinois, coupable de quelques «dérives droitières», est condamné sans procès à la «rééducation par le travail». Commencent alors pour lui dix-neuf années de laogai. Laogai: prison qualifiée d'usine ou de ferme par le régime. Depuis l'arrivée au pouvoir de Mao, l'économie chinoise repose en partie sur les travaux forcés des opposants politiques emprisonnés dans ces camps de l'enfer. Ce système carcéral pousse sa logique jusqu'à exécuter des prisonniers pour répondre à la demande croissante d'organes. Pourtant, entreprises et gouvernements occidentaux ferment les yeux et continuent à importer le fruit du travail de ces esclaves chinois.
Pour Wu Hongda, libéré en 1979 et émigré aux Etats-Unis, il ne pouvait être question d'oublier. Naturalisé américain, il est retourné plusieurs fois clandestinement en Chine, pour recueillir les preuves nécessaires (des films). Une initiative plutôt périlleuse qu'il relate dans un document édifiant sur un tabou: en chinois, goulag se dit laogai. Arrêté au cours de son quatrième voyage et condamné à quinze ans de réclusion, il a finalement été expulsé deux mois plus tard, grâce aux pressions internationales et à la lutte quotidienne de sa femme et de ses amis. Comme son combat, son livre est celui d'un miraculé, harcelé par le souvenir et le besoin de convaincre d'une réalité qui passe encore difficilement: l'univers concentrationnaire chinois.