Les derniers complots de Staline
Introduction
13 janvier 1953, arrestation d'un groupe de médecins-saboteurs accusés d'avoir tué par des traitements nocifs, deux dirigeants du régime Chtcherbakov et Jdanov. On dit qu'ils sont des agents Judéo-Anglais-Américains liés à l'organisation juive bourgeoise internationale : le Joint. La nouvelle provoque la stupeur générale. Un mois après la mort de Staline, les médecins sont réhabilités, suivi de l'exécution de certains enquêteurs. Staline a engagé, 8 ans après la défaite d'Hitler, une purge des juifs de la société Russe.
Les prémisses
Le médecin personnel de Staline, Vinogradov, lui préconisait un régime strict et du repos (donc arrêt de travail). Beria, alors chargé de surveiller la santé de Staline, l'informa des projets du médecin. La doctoresse Timachouk envoya une lettre à Staline, en juillet 48, dans laquelle elle dénonce un complot de médecins et le meurtre par ces derniers de Jdanov. Staline entra en rage contre son médecin et songea qu'il s'agissait bien d'un membre d'un complot pour éliminer le pouvoir en place. Selon Khrouchtchev, c'est Rioumine (vice ministre de la sécurité) qui est l'initiateur du complot nationaliste juif en février 44 dont l'affaire des médecins fait partie.
Le comité antifasciste juif
La naissance du comité est floue, on ne sait pas si Staline a donné son accord. Staline par le comité voulait utiliser les juifs soviétiques pour faire pression sur les juifs américains, et ainsi récolter des fonds de solidarité et pousser l'Amérique à entrer en guerre contre l'Allemagne. Ehrlich et Alter sont des membres dirigeants du Bund (organisation illégale socialiste juive polonaise), fin 41 ils sont arrêtés par le NKVD et sont condamnés à mort pour espionnage et direction du Bund. Ils sont libérés par Beria qui leur propose la création d'un comité antifasciste juif; ils doivent faire une liste de personnalités proposées comme futurs membres et l'envoyer à Staline. Ehrlich et Alter disparaîtront subitement, mais le comité devra échapper au contrôle de Moscou. Le comité, outil de propagande auprès des alliés, est créé au printemps 42. Très vite le comité sortira du créneau de la propagande pour devenir une organisation représentative du judaïsme juif. En 43 le cours de la guerre change et Staline doit penser à remettre de l'ordre pour l'après-guerre. Staline déporte en Sibérie et au Kazakhstan, plus de 2 millions d'hommes de Crimée et du Caucase entre octobre 43 et août 46. Beria, lui, décima État major des agitateurs. Suite aux demandes du comité de créer en Crimée une nation juive, Staline propose une entité autonome juive au Birobidjan (région perdue, marécageuse de l'extrême orient sibérien).Entre 1931 et 37 des milliers de juifs s'y installent mais repartent aussi vite. En février 44, les membres du comité antifasciste juif (crée en 42) rédigèrent suite aux recommandations de Molotov (commissaire du peuple aux affaires étrangères), une lettre à Staline pour demander l'installation en Crimée d'une république Juive autonome. En 44 les juifs veulent publier un livre sur les atrocités des Allemands sur les juifs, il sera censuré. En novembre 47, l'URSS vote à l'ONU le plan de partage de la Palestine en deux états. Abakoumov (ministre de la sécurité) fait arrêter en 48, les dirigeants du comité et leur fait avouer leurs intentions nationalistes sionistes bourgeoises (liquidation des membres du comité).Les journaux en Yiddish sont interdits et la campagne de propagande anticosmopolite (antisémite) débute. A partir de 1950 les juifs seront arrêtés pour n'importe quel prétexte et les proches de Staline ne seront pas épargnés. En 52 Rioumine accusera les dirigeants du comité de vouloir créer une république juive autonome en Crimée pour en faire une base militaire Américaine.
L'affaire de Leningrad
Jdanov (adjoint de Staline et secrétaire au PC de Leningrad jusqu'en 44) meurt en 48, 5 ans plus tard, ses médecins seront accusés d'avoir provoqués sa mort. Staline trône au-dessus de clans dont il attise le déchirement (clan de Jdanov et clan de Malenkov-Beria). Jdanov est chargé de mettre au pas l'intelligentsia grisée par la victoire contre les Allemands. Par le Komingform (bureau d'information des PC d'Europe crée par Jdanov) Staline croyait pouvoir balayer Tito (chef du PC Yougoslave); il échoue et cherche un bouc émissaire (Jdanov est mort juste à temps). En décembre 48 ont lieu à l'unanimité, les élections des responsables de la conférence régionale du parti de Leningrad. Plus tard une lettre anonyme arrive au comité central disant que les élus ne faisaient pas l'unanimité. Cela donne un bon prétexte à Staline (qui avait fait passer 292 voix en 6 voix contre lui) pour créer une commission d'enquête de la direction du PC de Leningrad dirigé par Malenkov qui était chargé avec Beria de superviser l'enquête sur les accusés, confiée à Abakoumov. Les 3 élus reçoivent un petit blâme et sont destitués. Abakoumov arrête tous les ex-membres du PC de Leningrad qui occupent des postes à responsabilité pour leurs liens avec le groupe antifasciste et la soi-disant publication de littérature subversive des ennemis du peuple. La répression, les procès et les mises à mort sans appels font rage.
"Il faut terroriser l'appareil pour terroriser la population."
3 jours après l'exécution des condamnés du comité antifasciste juif en août 52, la sécurité arrête à Leningrad plus de 50 anciens secrétaires des comités d'arrondissements. Condamnés à de longues déportations puis seront rejugés pour actes de contre révolution économique, ils seront libérés en avril 53 (1 semaine après la réhabilitation des médecins). Staline pris peur de Beria (chargé de la sécurité et de celle de Staline), il nomma donc un nouveau ministre de la sécurité État, le chef du Smerch Abakoumov qui soumettra tout à son ancien supérieur Beria. Staline porte des coups à Beria en mêlant ses proches et employés à des complots divers.
L'arrestation de la famille Etinguer
En novembre 50 des soldats dirigés par Rioumine arrêtent le médecin professeur Jacob Guiliarwitch Etinguer qui avait soigné un bon nombre de dirigeants du PC et dont beaucoup sont morts ou disparus.L'acte d'accusation repose sur des faits véridiques qualifiés "d'affabulations calomniatrices". Etinguer disait lors de conversations privées, que les procès de Moscou de 36-38 étaient truqués. il dénonçait l'innocence de Tito et la campagne anticosmopolite comme étant un campagne antisémite. Privés d'indications d'en haut Abakoumov et Rioumine conclurent qu'il n'y avait pas de preuves des traitements médicaux criminels et ils se limitèrent à enquêter sur les activités antisoviétiques. En mars une crise cardiaque emporte le professeur Etinguer, en mai son fils est condamné à 10 ans dans un camps en extrême orient et sa mère subit le même sort en juillet. Le fils Etinguer fut envoyé à Moscou pour être interrogé sur les affaires criminelles de son père et des autres médecins. Smirnov (ministre de la santé) défendit Etinguer mais avoua ne pas avoir convaincu Staline de la mort naturelle de Jdanov et de Dimitrov. Etinguer fils purgera sa peine sans avoir fait d'aveux sur le complot des médecins.
Lettre de Rioumine
Staline fit enfermer Abakoumov pour avoir crée un groupe criminel visant à déstabiliser l'État et pour avoir lors d'un interrogatoire, liquidé le professeur Etinguer. Abakoumov avait été dénoncé par Rioumine (juge d'instruction des affaires particulièrement importantes). En février 52 Rioumine est nommé vice ministre de la sécurité, peu après commence des arrestations massives de médecins.Rioumine est destitué de ses fonctions de vice ministre de la sécurité en novembre 52 et remplacé par Ignatiev.
Le congrès
Lors du 19 ème congrès du PC d'URSS Staline reste muet mais lors de la réunion plénière (125 membres élus du comité central et 111 suppléants), il attaque Molotov en disant qu'il est l'incarnation de la capitulation devant l'impérialisme puis s'attaque à Mikoïan (ministre du commerce extérieur). Plus tard, il déclarera qu'il est trop âgé pour continuer à diriger les réunions du comité central. Malenkov, derrière Staline tentera de prévenir le comité central que tout acquiescement d'un membre du comité serait la preuve d'un complot et heureusement les membres comprirent et crièrent leur refus. Staline remplace alors le bureau politique de 10 membres dont Molotov, Mikoïan, Malenkov et Beria; par un présidium de 25 membres. Dimitri Tchesnov rédacteur en chef de la revue "questions de philosophie", à été élu membre, alors qu'il était un inconnu. Staline l'installera pour qu'il rédige un traité théorique pour justifier au nom du marxisme-léninisme la déportation de 300 000 juifs en Sibérie.
La chute du complot des Blouses Blanches
L'affaire des médecins fut tellement médiatisée qu'elle provoqua une hystérie collective contre les juifs, les médecins et les pharmaciens. Le lendemain du congrès, Tchesnokov fit circuler une lettre auprès des intellectuels juifs, leur proposant la déportation des juifs au Birobidjan, pour les protéger de la fureur populaire. La lettre pétition qui devait être une fois signée, publiée dans la Pravda (journal Russe) fut un échec. Staline décore la dénonciatrice Timachouk mais dissimule aussi sa campagne antisémite en récompensant du prix Staline le juif Ehrenbourg et en arrêtant le non juif Simonov élu trois mois plus tôt suppléant au comité central. Le PCF est partagé face au complot des médecins mais publie quand même des articles approuvant la condamnation des médecins : "Les médecins français estiment qu'un très grand service a été rendu à la cause de la paix par la mise hors d'état de nuire de ce groupe de criminels, d'autant plus odieux qu'ils ont abusés de la confiance naturelle de leurs malades pour attenter à leur vie."
La mort de Staline
Le premier mars 53 Staline meurt d'une congestion cérébrale mais les arrestations continuent jusqu'au 5 où Staline meurt officiellement. Malenkov fut élu président du conseil et Beria vice président. Beria fit mettre fin à l'affaire des médecins. La Pravda du 28 mars publia un décret du présidium qui amnistiait des dizaines de prisonniers du doit commun. Le 4 avril elle publia un communiqué annonçant que le complot des médecins n'avait jamais existé et que les médecins étaient désormais réhabilités. État fit passer ce dérapage comme la preuve que État Soviétique met la justice au-dessus de la raison et de l'honneur de État et ce sans considérations de personnes. Les services de Beria arrêtent Rioumine et démettent Ignatiev de ses fonctions de chef de la sécurité. Khrouchtchev avec l'état Major de l'armée, regroupe des membres du Conseil et arrêtent Beria en juin pour mille et un crimes divers. Il sera condamné à mort en décembre. En juillet 54 Rioumine est exécuté et Abakoumov en décembre. L'affaire des médecins sombre dans l'oubli car s'y mêle antisémitisme, chasse aux Trotskystes, relents de nazisme et obscurantisme.