par Daniel Bermond
FURET François, Le passé d'une illusion : essai sur l'idée communiste au XXe siècle, 564 p., Robert Laffont
Il y a trois ans, dans cet essai magistral accueilli par une salve de commentaires aussi passionnés que contradictoires, François Furet repensait la destinée de l'idée communiste au XXe siècle à l'heure où elle n'était déjà plus qu'un souvenir.
Enfantée dans les tranchées d'une guerre tout comme le fascisme mais, contrairement à lui, vaincu et voué à l'exécration, cette idée-là, portée à la faveur d'une autre au rang d'une religion révélée invitant au bonheur de l'humanité, eut ses martyrs et ses bourreaux, son bon peuple et ses fanatiques.
Cet aveuglement qui n'épargna personne, pas davantage les plus belles intelligences de ce temps que les pires soudards, tous fonçant tête baissée dans le mur de l'ignorance brute en croyant réaliser l'accomplissement de l'histoire, François Furet en distingue ici l'exemplaire continuité. De Gorki à Romain Rolland, de H.G. Wells à la Ligue des droits de l'homme, combien n'y ont pas laissé beaucoup de leur crédit quand d'autres, les Souvarine, Orwell et Russell, vilipendés sur le moment par les porte-flingues d'une propagande solidement encadrée, se montraient infiniment plus clairvoyants. Même au temps de Lénine, Rosa Luxembourg et Karl Kautsky s'alarmaient déjà des dérives autocratiques d'une révolution au marxisme douteux qui annonçait des lendemains désenchantés.
Trois ans après, il faut lire ou relire ce gros livre magnifiquement écrit en gardant à l'esprit les querelles récentes autour du rapprochement entre communisme et fascisme auquel Furet procède lui-même sans quantifier ni comparer la criminalité de l'un et de l'autre. Les deux églises, après tout, s'inscrivent dans la mémoire blessée de notre siècle.